
Xavier Darcos, un fin connaisseur du milieu enseignant pour bousculer l'éducation nationale
Ils me connaissent bien depuis longtemps et ne me considèrent pas comme un intrus", écrivait, au sujet des syndicats d'enseignants, Xavier Darcos, dans un rapport remis le 10 mars à Nicolas Sarkozy sur "la situation morale et matérielle des professeurs en France". Le nouveau ministre en aura besoin pour avancer sur la voie délicate des "gains de productivité" que M. Sarkozy se promet de réaliser dans l'enseignement.
A 59 ans, cet agrégé de lettres classiques et docteur ès-lettres a gravi tous les échelons de l'éducation nationale. Professeur dans le secondaire à Périgueux puis en classes préparatoires à Bordeaux et à Paris, il devient inspecteur général en 1992 avant d'être appelé par François Bayrou au poste de conseiller puis de directeur de cabinet au ministère de l'éducation. En 1995, Alain Juppé, premier ministre, en fait son conseiller pour l'éducation et la culture.
A 59 ans, cet agrégé de lettres classiques et docteur ès-lettres a gravi tous les échelons de l'éducation nationale. Professeur dans le secondaire à Périgueux puis en classes préparatoires à Bordeaux et à Paris, il devient inspecteur général en 1992 avant d'être appelé par François Bayrou au poste de conseiller puis de directeur de cabinet au ministère de l'éducation. En 1995, Alain Juppé, premier ministre, en fait son conseiller pour l'éducation et la culture.
Fin connaisseur des arcanes du système éducatif, M. Darcos est aussi un politique chevronné. Elu maire de Périgueux en 1997 et réélu en 2001 et 2005, il est également élu sénateur de la Dordogne en 1998. Proche d'Alain Juppé et de Dominique de Villepin, il s'affirme comme un soutien actif lors de la campagne électorale de Jacques Chirac. De 2002 à 2004, il occupe le poste de ministre délégué à l'enseignement scolaire au côté de Luc Ferry.
Le duo fonctionne tant bien que mal. Souffrant d'être relégué au second rang, M. Darcos ne cessera au long des vingt-deux mois passés rue de Grenelle d'essayer de circonscrire les incendies allumés par son ministre de tutelle. Sous le gouvernement Raffarin, il quitte pour un an les dossiers d'éducation et accepte le poste de ministre délégué à la coopération, au développement et à la francophonie.
Conseiller régional d'Aquitaine, il est nommé en juin 2005 ambassadeur de France auprès de l'OCDE. Au cours de la campagne présidentielle, il retrouve son sujet de prédilection : M. Sarkozy le charge de formuler des propositions pour améliorer la rémunération et les conditions de travail des enseignants.
Il liste dans son rapport une quinzaine de pistes de réformes. Il estime, notamment, indispensable de remettre à plat les obligations statutaires des enseignants, et préconise en préalable "un moratoire ou une suspension" du décret de Robien du 12 février 2007 sur les décharges horaires. Idée avalisée par M. Sarkozy.
Ce dossier sera le premier de la longue liste qu'il devra traiter à son arrivée rue de Grenelle. M. Darcos aura, dès lundi, sur son bureau une demande d'audience de la même intersyndicale - regroupant la quasi-totalité des organisations - qui s'était mobilisée contre son prédécesseur. Celle-ci lui demandera avant toute chose de rétablir les 3 058 postes (équivalents temps plein) supprimés par le décret Robien.
Outre une grande concertation sur la revalorisation de la condition enseignante, M. Darcos devra mettre en place dès la rentrée 2007 l'une des mesures phares du programme de M. Sarkozy : les études dirigées dans tous les établissements. La suppression progressive de la carte scolaire, autre priorité du programme présidentiel, devra être amorcée.
D'une façon générale, M. Darcos, même s'il sait s'adresser à toutes les sensibilités présentes dans l'éducation nationale, où il est respecté, endosse sans réserve les valeurs proclamées par le nouveau président : celles d'une école "de la transmission, du respect et du mérite".
Luc Cédelle et Catherine Rollot
Lorsque Xavier Darcos se "lâchait" sur son blog
Xavier Darcos va-t-il continuer son blog, commencé en avril 2005 ? On imagine mal un ministre de l'éducation livrer à chaud des réflexions comme celles consignées dans son agenda le 10 janvier 2007, après avoir rencontré l'ambassadeur de France au Canada : "Daniel Jouanneau nous montre comment le Canada a réussi sa réforme budgétaire et réformé sa fonction publique (- 20 % de fonctionnaires) ; il y a donc des pays où c'est possible..."
Le 17 octobre 2006, il rencontre Paul Wolfowitz, président de la Banque mondiale, aujourd'hui démissionnaire : "Pondéré, généreux, simple, plein d'humour, passionné par la question du développement du Sud ; bref, tout le contraire de ce qu'en disent les agités de l'altermondialisme et de l'antiaméricanisme primaire."
Le 17 octobre 2006, il rencontre Paul Wolfowitz, président de la Banque mondiale, aujourd'hui démissionnaire : "Pondéré, généreux, simple, plein d'humour, passionné par la question du développement du Sud ; bref, tout le contraire de ce qu'en disent les agités de l'altermondialisme et de l'antiaméricanisme primaire."
M. Darcos peut aussi être caustique, comme lorsqu'il s'apitoie (23 mars 2007) sur Marie-George Buffet, qui "rame dans la sciure de langue de bois" ou qu'il se demande (19 mars 2007) "comment arrêter un tracteur à quatre Bayrou motrices ?". Il moque, chez le candidat centriste (27 février 2007), "les acrobaties politiques rêvant de marier la carpe et le lapin". "Je ne vois pas l'intérêt (...) d'avoir B. Kouchner ou J. Delors comme chef d'un gouvernement où chaque ministre serait en cohabitation avec tous les autres", écrit-t-il (1er mars 2007), s'interrogeant sur "cette énergie qu'il faudrait dépenser pour faire collaborer entre eux des acteurs disparates et incompatibles". Le même jour, il brocarde ainsi la candidate socialiste : "Il faut la voir, devant deux ou trois ahuris de banlieue, tatoués et encapuchonnés, genre Nique Ta Mère, leur annoncer d'un ton sirupeux et angélique : "Vous n'êtes pas un problème, vous êtes une partie de la solution"."
Le 11 mai 2006 il assurait que "les mêmes "sauvageons", qui jouent les casseurs de banlieue et qui lapident la police ou l'école, sont prêts à manifester, le coeur sur la main, contre le racisme ou en faveur de n'importe quel pacifisme" et voyait l'école "engluée" dans "un prêchi-prêcha "droits-de-l'hommiste" global et uniforme qui interdit les hiérarchies, les différences et les choix."
Le blog de M. Darcos ne contient pas, bien sûr, que des phrases à faire blêmir le syndicaliste enseignant en attente d'une négociation. Il y développe des points de vue, expose des projets, donne matière à réflexion... Sans perdre sa compétence d'expert de l'éducation, il y dévoile les ressorts de sa sensibilité d'homme de droite, impatient qu'"un Churchill" vienne enfin "imposer le sursaut vital et les réformes radicales dont la France a besoin".
Mais, comme il le constate à regret (14 mars 2007), les journalistes "attendent un bon mot, un éclat, une rodomontade, une gaffe, une petite phrase qui va tourner en boucle sur France Info. Bref, n'importe quoi, sauf du sens..."
Luc Cédelle
Les nouveaux ministres de l'éducation et de l'enseignement supérieur et de la recherche, Xavier Darcos et Valérie Pecresse, ont envoyé aux enseignants, chercheurs et étudiants un message appuyé tout en promettant de mener "des réformes".
En félicitant Gilles de Robien pour son action "énergique", Xavier Darcos, qui se chargera de l'enseignement scolaire, a annoncé son intention de s'"inscrire dans ce sillage réformateur, tolérant et apaisé". Il a rappelé qu'"il n'y a pas d'actions possibles sans les personnes : ce qui compte, c'est ce qui se passe dans les classes : si les enfants réussissent, c'est grâce aux professeurs !" Fin connaisseur du monde éducatif, le nouveau ministre a précisé que ça ne voulait pas dire "qu'on ne réformera pas" Mais il a souhaité un "Livre blanc" de la profession enseignante pour que ceux-ci soient "mieux honorés, mieux rétribués et placés au cœur de la nation". M. Darcos devrait rencontrer les syndicats "la semaine prochaine".