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M. Bertrand hérite d'un "super Grenelle", MM. Borloo et Woerth se partagent Bercy

C'est tranché. Les grandes réformes sociales seront conduites à Grenelle par Xavier Bertrand, dans un ministère du travail, des relations sociales et de la solidarité. Jean-Louis Borloo rejoint Bercy pour devenir ministre de l'économie, des finances et de l'emploi. Il partage les lieux avec Eric Woerth, ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique.

Martin Hirsch, 43 ans, est nommé haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté. Enarque, maître des requêtes au Conseil d'Etat, président de l'association Emmaüs-France depuis 2002, son nom avait été évoqué pour un poste de secrétaire d'Etat aux minima sociaux. Finalement, cet homme de gauche "tendance Jacques Delors" est propulsé à une fonction qui lui permettra de mettre en oeuvre une idée qui lui tient à coeur et à laquelle Nicolas Sarkozy s'est récemment rallié : le revenu de solidarité active (RSA). Ce dispositif vise à favoriser le retour à l'emploi des bénéficiaires d'un minimum social en leur accordant un surcroît de revenus lorsqu'ils reprennent une activité. Une douzaine de départements expérimentent ou sont sur le point d'expérimenter le RSA, avec l'aide de l'Agence nouvelle des solidarités actives, dont M. Hirsch est le directeur. Directeur de cabinet de Bernard Kouchner lorsque celui-ci était secrétaire d'Etat à la santé du gouvernement Jospin, M. Hirsch a également dirigé l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments.


La rupture et les réformes économiques et sociales annoncées par le président vont donc se faire dans une certaine continuité, celle des hommes avec M. Borloo, ex-ministre de la cohésion sociale, de l'emploi et du logement, et M. Bertrand, ex-ministre de la santé et des solidarités ; deux habitués des politiques sociales, auxquels il faut adjoindre M. Woerth, juppéiste et ancien secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat dans le dernier gouvernement Raffarin.


Annoncé dans plusieurs ministères avant de rejoindre le 127, rue de Grenelle, M. Bertrand hérite donc de la quasi-totalité des dossiers chauds. A lui d'engager les réformes du contrat de travail unique, des retraites, du service minimum - un dossier qu'il cogérera avec les transports, voire l'éducation nationale -, mais aussi les heures supplémentaires, également suivies à Bercy, ou encore la flexibilité et la sécurisation des parcours professionnels. Sans oublier la cinquième branche de l'assurance-maladie consacrée à la dépendance, le dossier du handicap, l'égalité hommes femmes, etc. Super Grenelle donc qui rappelle, jusque dans l'intitulé, le ministère qu'avait occupé François Fillon, en 2002, "Affaires sociales, travail et solidarité".


Mais les périmètres de chacun des deux ministères (Grenelle et Bercy), qui ont donné lieu à de longues discussions, ne sont toujours pas définitivement arrêtés et les décrets d'attribution ne seront pas prêts avant plusieurs jours. MM. Borloo et Bertrand revendiquaient encore vendredi matin, chacun de leur côté, la plus grande part du budget consacré à la politique de l'emploi. Si les directions de l'ex-ministère de l'emploi devraient rester sous l'autorité de Grenelle, la direction générale de l'emploi et de la formation professionnelle pourrait passer sous l'autorité conjointe des deux ministres.



"LE RÔLE DE L'ETAT, C'EST DE COORDONNER LES INITIATIVES"'

M. Borloo, qui, quelques minutes après sa nomination, vendredi 18 mai, devait s'envoler aux côtés du président de la République pour rallier Toulouse et le siège d'EADS, espère réaliser son rêve à Bercy : disposer du maximum de leviers, y compris économiques, pour mener à bien sa politique en faveur du plein emploi. "Je n'ai d'autre mission que de réduire le chômage à 5 % à la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy, ainsi qu'il s'y est engagé", a-t-il indiqué au Monde.

S'il abandonne à M. Bertrand les relations du travail et les dossiers sociaux, il compte bien, depuis Bercy, contribuer à l'ensemble de la politique sociale. M. Borloo va pouvoir en mettre en pratique son credo : "Le rôle de l'Etat, c'est de coordonner les initiatives."

M. Borloo souligne que le périmètre de son ministère correspond exactement à celui de son homologue japonais, Akira Amari, avec lequel il a dîné jeudi soir. Avec l'industrie et l'emploi, il récupère les entreprises, l'artisanat, les professions libérales, le commerce extérieur, sans oublier, précise-t-il, le tourisme, "qui représente 7 % du PIB". M. Borloo compte d'ailleurs beaucoup sur les petites et moyennes entreprises et sur l'artisanat pour relancer l'emploi. Il pourra alors concevoir le "small business act" à la française - un accès privilégié des PME aux marchés publics - que M. Sarkozy, comme la plupart des candidats à la présidentielle, avait appelé de ses voeux.

A Bercy, troisième administration de l'Etat derrière l'éducation nationale et la Défense, c'est lui, en tant que ministre de l'économie et des finances, qui devrait représenter la France aux traditionnels conseils européens des ministres de l'économie et des finances et aux réunions de l'Eurogroupe. Mais ce point faisait encore l'objet d'intenses tractations, vendredi matin, tout comme le sort réservé à la direction générale de l'énergie et des matières premières.

M. Borloo a sous son autorité de nombreuses directions, notamment une partie du Trésor et de la politique économique, la direction générale des entreprises, celles de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes ou encore celle de l'Insee, l'organisme de statistiques publiques, cible de nombreuses critiques.

La tutelle de la direction de la législation fiscale, généralement rattachée au ministre du budget, est encore incertaine. Elle pourrait être placée sous la double autorité des deux locataires de Bercy. Sauf à perdre en cohérence et en efficacité, M. Woerth, qui a la mainmise sur les comptes publics, peut difficilement être privé de la tutelle de cette direction essentielle qui écrit, en effet, la loi fiscale que la direction générale des impôts applique.

Chargé de préparer le budget et de copréparer avec Roselyne Bachelot, ministre de la santé, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, M. Woerth travaillera avec ces grandes directions des finances que sont le budget, les impôts, la comptabilité publique ou encore la direction générale de la modernisation de l'Etat. A charge aussi pour lui de traduire concrètement l'engagement de Nicolas Sarkozy de réduire les effectifs des fonctionnaires.

Rémi Barroux et Claire Guélaud





Martin Hirsch, 43 ans, est nommé haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté. Enarque, maître des requêtes au Conseil d'Etat, président de l'association Emmaüs-France depuis 2002, son nom avait été évoqué pour un poste de secrétaire d'Etat aux minima sociaux. Finalement, cet homme de gauche "tendance Jacques Delors" est propulsé à une fonction qui lui permettra de mettre en oeuvre une idée qui lui tient à coeur et à laquelle Nicolas Sarkozy s'est récemment rallié : le revenu de solidarité active (RSA). Ce dispositif vise à favoriser le retour à l'emploi des bénéficiaires d'un minimum social en leur accordant un surcroît de revenus lorsqu'ils reprennent une activité. Une douzaine de départements expérimentent ou sont sur le point d'expérimenter le RSA, avec l'aide de l'Agence nouvelle des solidarités actives, dont M. Hirsch est le directeur. Directeur de cabinet de Bernard Kouchner lorsque celui-ci était secrétaire d'Etat à la santé du gouvernement Jospin, M. Hirsch a également dirigé l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments.