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Ministre d'Etat, M. Juppé doit s'atteler au défi du réchauffement climatique


Nicolas Sarkozy souhaitait signifier l'importance qu'il veut donner à l'environnement. Il a donc choisi l'ancien premier ministre Alain Juppé pour ce nouveau rôle de ministre de l'écologie, du développement et de l'aménagement durable, et l'a doté du titre de ministre d'Etat, le seul du gouvernement. C'est une première. Jusqu'ici, même si le poste a souvent été exposé médiatiquement, l'environnement n'a jamais été considéré que comme une position politiquement subalterne. Le périmètre du nouveau ministère, qui comprend aussi les transports, est considérablement élargi. Compte tenu des enjeux du réchauffement climatique, il aura aussi une importante dimension européenne et internationale.


Alain Juppé présente un profil très différent de ses prédécesseurs. Ancien ministre du budget (1986-1988), des affaires étrangères (1993-1995), ancien chef de gouvernement (1995-1997) et ex-patron du RPR et de l'UMP, il n'ignore rien des enjeux internationaux, du fonctionnement de l'Etat et des rapports de forces politiques.


Il revient aussi au gouvernement avec un objectif personnel. Marqué par son échec comme premier ministre de Jacques Chirac, humilié par sa condamnation, en décembre 2004, dans l'affaire des emplois de cadres du RPR rémunérés par la Ville de Paris, M. Juppé a entrepris depuis près de deux ans une sorte de réhabilitation politique personnelle. Ayant accompli une analyse assez lucide de ses erreurs comme chef de gouvernement, il s'est attelé aux dossiers écologiques lors de son séjour - son "exil", disaient ses proches - d'un an au Canada. C'est à Montréal qu'il a assisté, en décembre 2005, à la conférence sur les changements climatiques et pris de nombreux contacts avec les grandes ONG du secteur. Et c'est du Canada qu'il a observé avec intérêt la façon dont Al Gore, l'ancien candidat malheureux à la présidence des Etats-Unis, s'est reconstruit une image et un rôle politique en se faisant le défenseur de la planète. De retour en France, il a travaillé auprès de Jacques Chirac à la préparation de la Conférence internationale sur l'environnement, qui s'est tenue à Paris, les 2 et 3 février.


A son poste, M. Juppé devrait disposer de la confiance de Nicolas Sarkozy. Après avoir été l'un des plus fidèles chiraquiens, il a été l'un des plus ardents à plaider, en 2005, pour la nomination de M. Sarkozy à Matignon. Et c'est encore contre l'avis des chiraquiens qu'il s'est rallié à la candidature présidentielle de ce dernier. Il devrait également bénéficier d'une relative légitimité auprès des leaders de l'écologie en France - même si son passage à Matignon n'a pas laissé un bon souvenir. Alors que le nom de M. Juppé circulait, Nicolas Hulot soulignait, mercredi 16 mai : "J'ai toujours expliqué qu'à ce poste il faudrait quelqu'un qui a une solide expérience institutionnelle et un poids politique fort. Alain Juppé a ces qualités-là."


"GRENELLE DE L'ENVIRONNEMENT"


Le nouveau ministère, qui regroupe des administrations que tout a opposé jusqu'à présent, est taillé pour faire de la lutte contre le réchauffement climatique une priorité. Il permettra au ministre de jouer sur les leviers de l'énergie et des transports - un secteur d'activité dont les émissions de gaz à effet de serre s'envolent. Dominique Bussereau sera à ses côtés secrétaire d'Etat aux transports.


De nombreux dossiers lourds et potentiellement conflictuels attendent M. Juppé : réforme de la fiscalité écologique et, en particulier, de la taxation du carbone, poursuite du projet de réacteur nucléaire EPR et augmentation de la part des renouvelables dans la production d'énergie, débat sur les OGM et lutte contre les pollutions d'origine agricole, poursuite du programme autoroutier.


Son premier rendez-vous est déjà fixé. Avec M. Sarkozy, M. Juppé devrait recevoir les principales associations de défense de l'environnement lundi 21 mai, afin de débattre de l'ordre du jour du "Grenelle de l'environnement" promis par le président. Ce rendez-vous d'un nouveau genre, prévu à la mi-septembre, doit rassembler le gouvernement, les associations, mais aussi les syndicats et les représentants du patronat. L'idée avait été lancée par M. Sarkozy fin mars, lors d'une rencontre avec les principales ONG françaises. "C'était sans doute une réaction aux réserves émises sur son programme", commente Arnaud Gossement, porte-parole de France-Nature-Environnement. En effet, si le projet de réforme de la fiscalité écologique est bien accueilli, la plupart des ONG reprochent au nouveau président son soutien à l'énergie nucléaire et un manque de propositions sur la protection de la biodiversité et de la qualité de l'eau, très menacées.


Les interrogations sont nombreuses sur les débouchés du rendez-vous de septembre. S'agira-t-il d'une simple conférence, où seront débattues les modalités d'application du programme du président élu ? "Il est évident que la réforme de la fiscalité environnementale y trouvera sa place, répond Mme Koscuisko-Morizet, chargée de l'écologie à l'UMP. Mais il y a beaucoup d'autres possibilités, beaucoup de choses nouvelles à discuter." "Le terme même de Grenelle suppose qu'il y ait de vraies négociations, des compromis, et des accords", affirme Franck Laval, président d'Ecologie sans frontière.


Raphaëlle Bacqué et Gaëlle Dupont
Alain Juppé, numéro deux du nouveau gouvernement, a confirmé le souhait de Nicolas Sarkozy de tenir un "Grenelle de l'environnement" à l'automne. "Il s'agit de construire un outil nouveau au service de cet objectif du développement et de l'aménagement durable", a déclaré le ministre d'Etat lors de la passation de pouvoirs avec l'ex-ministre des transports, Dominique Perben. "L'attente est forte dans l'opinion publique et la volonté est grande au sommet de l'Etat", a ajouté le nouveau ministre chargé de l'écologie, du développement et de l'aménagement durables, qui s'est aussi rendu au ministère de l'environnement pour une cérémonie de passation de pouvoir avec Nelly Olin.

Le réseau Sortir du nucléaire s'est dit "très sceptique" sur le nomination d'Alain Juppé, qui doit, selon lui, "donner des preuves de sa prise de conscience" écologique. Dans un communiqué, le réseau qui fédère 765 associations prévient qu'il refusera de participer à un "Grenelle de l'environnement" si le décret de création du réacteur nucléaire EPR n'est pas préalablement "abrogé".

Nicolas Sarkozy recevra lundi à l'Elysée des organisations écologistes non gouvernementales et des scientifiques pour préparer cette grande réunion prévue en septembre, a indiqué son entourage.lain Juppé, numéro deux du nouveau gouvernement, a confirmé le souhait de Nicolas Sarkozy de tenir un "Grenelle de l'environnement" à l'automne. "Il s'agit de construire un outil nouveau au service de cet objectif du développement et de l'aménagement durable", a déclaré le ministre d'Etat lors de la passation de pouvoirs avec l'ex-ministre des transports, Dominique Perben. "L'attente est forte dans l'opinion publique et la volonté est grande au sommet de l'Etat", a ajouté le nouveau ministre chargé de l'écologie, du développement et de l'aménagement durables, qui s'est aussi rendu au ministère de l'environnement pour une cérémonie de passation de pouvoir avec Nelly Olin.

Le réseau Sortir du nucléaire s'est dit "très sceptique" sur le nomination d'Alain Juppé, qui doit, selon lui, "donner des preuves de sa prise de conscience" écologique. Dans un communiqué, le réseau qui fédère 765 associations prévient qu'il refusera de participer à un "Grenelle de l'environnement" si le décret de création du réacteur nucléaire EPR n'est pas préalablement "abrogé".